Un Don qui choque

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Qui Chipote ?

dimanche 26 février 2017

Electrocution : montez le son !



La vie parfois vous parait fade ? Il ne s'y passe pas grand chose, elle tiédit et ralentit au fil des jours mornes qui s'écoulent ? Les non-évènements se succèdent aux mêmes moments, avec les mêmes personnes, prévisibles, insipides, désespérants...? Demain lundi, votre vieux collègue de travail, dans son vieux pantalon élimé, celui qu'il revêt tout le temps, parce qu'il est confortable, parce qu'il lui tient bien chaud, vous affligera encore de son humour à deux balles et du parfum Monoprix de son after-shave. Enthousiaste, il vous vantera la pensée magique du candidat Hamon tandis que vous déprimerez en secret rêvant d'évasion lointaine, de passions intenses, d'un souffle de vie qui viendrait inopinément ébouriffer la routine... Eh bien vous êtes au bon endroit au bon moment. La bien nommée Nataly... Hay !!! va poser sur votre cerveau des petites électrodes de courant excito-moteur, va en allumer toutes les zones, va pulser de l'influx dans tous vos neurones, allumer toutes les lampes, repeindre en vert tous les indicateurs positifs et ce pendant quatre minutes et quarante-trois secondes durant lesquelles il est conseillé de pousser le volume du son jusqu'à un niveau dérangeant pour les voisins. Sinon, l'effet n'est pas garanti. Pas de problème, vous me remercierez plus tard.

Guy Birenbaum du Huffington Post

"Tous les périls menacent l'homme de plume qui s'avise de parler de toros". 

Tels sont les premiers mots de l'immense livre de Jean Cau, Les oreilles et la queue (Paris, Gallimard, 1961).


C'est que je dois vous faire un aveu terrible.
Quelque chose que je ne devrais jamais écrire sur ce net qui n'oublie rien et ne pardonne presque personne.
J'aime la corrida.
Voilà c'est dit.
Ça m'a pris, il y a bien longtemps, lorsque des raisons professionnelles m'ont conduit à enseigner à la fac de droit de Montpellier. Proche de Nîmes et d'Arles, j'ai alors découvert cet univers incroyable qui ne m'a plus quitté. Quelques incursions dans des arènes espagnoles ont accentué ma passion.
Je sais bien que ce que j'écris là n'est pas "webiquement" correct, surtout le jour où le Conseil constitutionnel examine si la tauromachie est compatible ou non avec la loi.
C'est le comité radicalement anticorrida (Crac) pour la protection de l’enfance et l’association Droits des animaux qui demande aux "sages" du Palais Royal de constater l’anticonstitutionnalité de certaines des dispositions de l’article 521-1 du Code pénal, qui réprime les actes de cruauté commis contre les animaux. Invoquant la rupture du principe d'égalité, le comité réclamer la suppression d’un alinéa de l’article 521-1 qui prévoit des dérogations à cette règle et autorise la survivance de la corrida (dans des localités où une tradition ininterrompue peut être établie).
Je sais aussi, et là j'aggrave mon cas, que ce matin, le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a défendu la tradition taurine au micro de BFM-TV et RMC: "C'est quelque chose que j'aime, ça fait partie de la culture de ma famille". Il a surtout ajouté "C'est une culture qu'il faut aussi préserver" (...) "Dans un pays en crise, avec des Français qui doutent de leur identité, tout ne peut pas se ressembler" (…) "On a besoin de ces racines, ne les arrachons pas."
L'argument culturel est important. L'argument social ne doit pas non plus être négligé, il suffit de pénétrer dans une arène pour mesurer le brassage et le mélange. l'argument économique n'est pas davantage mineur.
Mais je pars déjà dans une bien mauvaise direction.
Il n'est pas question pour moi de défendre la corrida.
C'est au dessus de mes forces. Et ce n'est pas défendable.
Ni de discuter des arguments rationnels de ses opposants. De contester leur émotion, de la juger non légitime. De critiquer leurs violences, car parfois, il leur arrive d'être violents pour arriver à leurs fins.
C'est inutile et ce serait peine perdue.
J'ai d'ailleurs appris depuis longtemps à m'écarter des discussions (surtout en famille) qui s'engagent sur le sujet, tant rapidement le point de non retour est vite atteint entre "anti" et "pro". Les dialogues deviennent vite pire que dans la pire des chansons de Francis Cabrel...
Je veux juste évoquer ici deux ou trois sentiments qui seront suffisants pour que je sois vilipendé.
Mais ce n'est pas important.
D'abord, sur la forme, invoquer la compétence du Conseil constitutionnel sur le sujet me semble plus que contestable. Surtout, je ne vous cache pas que j'en ai par dessus la tête que de prétendus "sages", nommés dans des conditions plus que discutables, disent ce qui est permis et ce qui est interdit. Et croyez-moi, les questions qui se posent sur les compétences des membres du Conseil constitutionnel dépassent et de loin la question de la corrida!
Mais venons-en au fond.
Je crois qu'un amoureux de la corrida ne peut pas expliquer, ni justifier sa passion. Je pense même (pardon) qu'il n'a pas à le faire.
C'est que je ne suis pas capable de dire pourquoi, une ou deux fois - pas plus -, mal assis sur un gradin, dans une arène, au soleil ou à l'ombre, j'ai vraiment eu l'impression que le temps s'arrêtait.
Je ne sais pas raconter la chaleur qui monte du sol, le soleil qui se reflète sur les costumes et sur l'habit de lumière, le silence, la musique, le sable qui vole, la tension, la danse, le drame, l'émotion, le cœur.
Je n'ai pas le talent, ni les mots pour décrire et vous faire partager la peur, l'odeur de la peur, le bruit de la peur. Car la peur a un bruit, sourd...
Je peux juste vous dire, avec impudeur, qu'une ou deux fois dans ma vie, car je dois admettre avec sincérité que ce fut très rare, j'ai tutoyé, à ma place, quelque chose qui devait ressembler à la "grâce". Oui, la "grâce". Ce que d'autres entrevoient sûrement - les chanceux - devant une toile ou dans une salle de concert. Ou ailleurs. Où ils peuvent.
Et qu'en vérité, chaque fois que je retourne dans une arène (c'est de plus en plus rare, rassurez-vous), j'espère secrètement retrouver, ne serait-ce que quelques secondes, de ces infimes moments où tout s'est conjugué en même temps : les geste, le ciel, l'harmonie, les couleurs...
Vous ne comprenez pas du tout ce que je veux dire ?
Je vous choque ?
Ce n'est pas grave.
Moi, des choses qui me choquent, j'en supporte tous les jours et je ne demande à personne de les arrêter.
Du coup, je vivrais assez mal que, cet après-midi, une douzaine de personnes décident, à ma place, de ce qui est bien et de ce qui est mal.
Discutons en...
Mais, cette fois, cette fois seulement, je ne vous promets pas de forcément vous répondre...

mercredi 15 février 2017

Boix vs Balaña


C'est à ce propos que Salvador Boix, qui "apodère" à nouveau José Tomás en plus de ses activités de chanteur et d'écrivain, écrit au propriétaire des arènes de Barcelone pour lui faire part de son indignation :

Quelle honte Pedrito,
De quoi as-tu peur ? Peut-être t’a-t-on menacé ? Qui ? Où ? On t’a dit que si tu essayais, on regarderait dans des comptes courants et sous les sièges de tes cinémas et tu as pris peur ? Peut-être devrais-tu l’expliquer si ça s’est passé comme ça. Mais tu ne le feras pas et bien-sûr tu n’affronteras pas le danger parce que tu as peur et que tu manques de courage. Tu t’es toujours caché au lieu de réagir comme un homme, comme un être qui a de la mémoire et de la dignité. Tu te chies dessus et tu regardes ton portefeuille au point de trahir ta propre histoire et celle des gens qui t’ont respecté et qui t’ont permis de devenir riche.
Je suis sûr que ça fait longtemps que tu avais tout planifié et pactisé avec les puissants comme toi, moyennant une forte somme, en ourdissant en secret de manière abjecte et lâche la dernière razzia envers la tauromachie. L’histoire le révélera et si je suis encore là je te le rappellerai.
Les pauvres aficionados qui avaient eu confiance en ta dignité et ton courage pour être à la tête de la lutte – au moins lutter – pour la résurrection, ressentent en ce moment une grande désolation et sont surtout indignés. Tu nous as trompé; tu as commis une escroquerie morale et historique; tu  as trahi la bonne foi de beaucoup de gens qui avaient la certitude que tu rendrait à la Corrida quelque chose de ce qu’elle vous a donné tout au long du siècle dernier. Tu n’avais qu’à mettre le fil dans l’aiguille de la lutte. Rien que cette lutte t’aurais racheté, Pedrito. Mais tu n’as même pas voulu faire cela. L’histoire écrira que Balaña fut un pusillanime sans le courage nécessaire pour restaurer la tauromachie à Barcelone, même avec la loi de son côté. Tu ne devrais pas pouvoir dormir tranquille, Pedrito. Mois je ne pourrais pas.
L’afición est très déçue et outrée. Ingénus, les aficionados pensaient que tu serais à leurs côtés : le pauvre Gibert, qui y a laissé sa santé; et Josa; et beaucoup d’autres qui luttèrent pour rétablir notre dignité bafouée en 2010 ne méritent pas cette traîtrise de ta part.
Toi, ton père et ton grand-père vous avez vu couler le sang des vaillants sur le sable de la Monumental tout au long de ces cent ans et à leurs dépens vous êtes aujourd’hui écœuramment riches.
Mais vous n’avez pas récupéré une once de leur courage. Quelle mal chance !
Vous avez démontré être des lâches, indignes de la fortune que vous avez gagné en vidant les fémorales des toreros et les illusions des gens.
Tu n’as pas le droit, Pedrito. Tu n’as pas le droit.
Salvador.
***
 
Qué vergüenza, Pedrito.
¿De qué tienes miedo? ¿Te han amenazado, quizás? ¿Quién? ¿Dónde? ¿Te han dicho que si lo intentabas te inspeccionarían las cuentas corrientes y las butacas de los cines y te has espantado? Tal vez tendrías que explicarlo si es que ha sido así. Pero no lo harás, y aún menos darás la cara, porque tienes miedo y te falta valor. Siempre te has escondido en lugar de reaccionar como un valiente, como un hombre con memoria y dignidad. Te acojonas y te miras la cartera hasta traicionar tu propia historia y la de la gente que te ha respetado y que te ha hecho rico.
Seguro que ya hace tiempo que lo tenías todo bien atado y pactado con los poderosos como tú, con mucha moneda de por medio, urdiendo en secreto el último saqueo a la tauromaquia de forma abyecta y cobarde. La historia lo desvelará y si estoy, te lo recordaré.
Los pobres aficionados que habían confiado en tu dignidad y valentía para liderar el intento –al menos el intento- de resurrección, ahora están desolados y, sobre todo, cabreados. Nos has engañado; has cometido una estafa moral e histórica; has traicionado la buena fe de mucha gente que confiaba en que devolverías al toreo algo de lo que el toreo os ha dado a lo largo del último siglo. Solo tenías que poner el hilo en la aguja del intento. Tan solo el intento ya te hubiera redimido, Pedrito. Pero ni esto has querido hacer. La historia escribirá que Balañá fue un pusilánime sin el coraje necesario para recuperar el toreo en Barcelona, ni con las leyes a su lado. No deberías poder dormir tranquilo, Pedrito. Yo no podría.
La afición está muy decepcionada y enfadada. Ilusos, los aficionados confiaban en que estarías a su lado: el pobre Gibert que se dejó la salud; y Josa; y tantos otros que lucharon para restablecer nuestra dignidad arrebatada en 2010 no se merecen esta traición de tu parte.
Tú, tu padre y tu abuelo habéis visto correr la sangre de los valientes en la arena de la Monumental a lo largo de cien años y a su costa ahora sois asquerosamente ricos.
Pero no se os ha pegado nada. ¡Qué mala suerte!
Habéis demostrado ser unos cobardes, indignos de la fortuna que habéis ganado exprimiendo las femorales de los toreros y las ilusiones de la gente.
No hay derecho, Pedrito. No hay derecho.
Salvador.